Âmes en peine

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Autremonde. 19h. On attend les participants pour une sortie à la Maison des métallos. En cuisine, l’eau boue – le hall aussi : ce soir, c’est Fabrique du goût. Pas le temps de se réchauffer : entre deux carottes, et trois paroles coupées, tout le monde est là. Direction : rue Jean-Pierre Timbaud. On a presque eu le temps de se sentir inutile face à l’agitation et aux va-et-vient effrénés. Presque.

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Petit cours d’Histoire. Au départ simple manufacture d’instruments de musique, la Maison des métallos se mut en lieu important du syndicalisme en 1937 sous la direction de la CGT. Elle fut le théâtre de nombreux hauts faits politiques : Résistance, lutte contre la guerre d’Algérie, du Vietnam. Ce n’est qu’en 2007 que la Maison des métallos devient le lieu culturel que l’on connaît.

On nous remet notre billet d’entrée. On peut y lire le titre de la pièce : Une Longue Peine. Il est sous-titré : spectacle-documentaire. On nous explique. Cinq personnes – quatre hommes et une femme, racontent leurs expériences en prison ou au parloir. Certains ont passé plus de 30 ans derrière les barreaux. Sur scène, ils sont à la fois acteurs et témoins.

Nous prenons place dans la grande salle, bondée. C’est la première d’une représentation qui durera quatre jours seulement. On nous précise que celle de ce soir sera filmée. Pour ceux qui veulent être sur le dvd, c’est devant ! On préfère l’ombre au fond de la salle, merci. Ljuba est la seule à se mettre au premier rang. « J’entend mal derrière ». Bien sûr.

Les lumières s’éteignent. Ça commence. Un homme avance sur scène, il est seul. Il parle d’une pièce de 6m², d’un lit en acier, d’une lucarne au plafond et des rayons de soleil oranges qui y filtrent quelques heures par jour. Sa voix est posée, presque monotone. Cet homme, c’est Louis. Et cette pièce est tout ce qu’il a connue pendant plus de dix ans.

Tour à tour et dans un décor neutre, vont défiler Louis, Eric, Annette, André et Alain. Chacun, chacune, possède sa propre histoire. Annette parle du parloir où elle est allée rendre visite à son mari pendant des années. Elle parle du regard des autres, des lettres échangées. De sa sexualité aussi. Chez certains, on sent une rage dissimulée, contenue dans un corps privé trop longtemps de liberté. D’autres ont choisi d’intellectualiser leurs actes, leurs parcours. Mais tous sont mus d’un désir de rédemption. L’âme en peine.

Une Longue Peine est un moment fort à vivre. Pas vraiment une pièce, pas non plus totalement un témoignage. On se retrouve à écouter ces histoires, entremêlées les unes aux autres, à la fois gêné, fasciné, ému. Au bout d’1h30, les lumières se rallument, et la vie avec. La salle se lève, et applaudit pendant de longues minutes. Bakary et Mohamed essayent de le cacher, mais ils ont été touchés. Les mots leur manquent mais le regard ne trompe pas. Liliane a un peu dormi, mais a lutté contre son sommeil face à la puissance de la pièce. Difficile de dire quelque chose après ce que nous venons de voir.

Qui dit première, dit buffet. A l’étage, sont disposés sur des tables jus de fruits, vins, et mignardises. On aperçoit les acteurs (témoins ?) discuter avec certains spectateurs. Ils ont l’air à la fois si proches et si loin. Entre deux toasts au saumon, on prend le temps d’échanger. Le minimalisme de la mise en scène a beaucoup plu. Les histoires racontées aussi. Avant de se quitter, on jette un dernier regard au buffet qui nous fait gentiment les yeux doux. On pense à Autremonde, et à sa Fabrique du goût. Cette fois, on se sent presque utile. Presque.

Clément, bénévole

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