Autremonde

À la poursuite d’Autremonde

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Slamani fait partie des “anciens” de la Kafet. « Même si je ne suis allé là-bas qu’une seule fois, j’ai connu Autremonde en 2006, quand les locaux étaient encore à Pelport », raconte-t-il. C’est un ami qui l’y avait conduit. Et il n’a pas hésité à suivre l’association avec le déménagement rue de la Mare. « J’aime venir à Autremonde, explique Slamani. On passe le temps, on rencontre des gens. L’association me plaît telle qu’elle est, je ne voudrais pas la changer ».

Comme beaucoup de personnes accueillies à la Kafet, Slamani garde précieusement avec lui son téléphone : « c’est important pour le travail, mais surtout, le téléphone permet de rester en contact avec la famille ».

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Clarisse, bénévole

Armé pour répondre

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Ce mercredi-là, c’est une Kafet “moyenne” pour Michel. 80 personnes accueillies (60 personnes pour les petites Kafets et 100 pour les grosses) tout au long de l’après-midi, qu’il faut écouter, aiguiller, conseiller ou tout simplement diriger vers le coiffeur, présent une fois par mois.

Michel a une double casquette de bénévole : depuis janvier 2016, il encadre la Kafet le mercredi après-midi (il est l’un des référents) et anime depuis octobre dernier un atelier de français (La Mare – niveau 1). « À l’origine, j’étais intéressé par les cours de français et par l’atelier de photo, étant moi-même photographe. Mais les équipes étaient complètes et les horaires ne me convenaient pas forcément. J’habite en banlieue ; je viens de loin », explique-t-il. Alors il choisit la Kafet, dont il apprécie l’action d’accueil avec, pour objectif, d’offrir un espace de convivialité, tout en créant du lien social via, entre autres, les ateliers et les sorties du pôle culturel. L’accueil, un autre domaine qu’il maîtrise, car Michel est aussi un éducateur spécialisé à la retraite. « Aujourd’hui, je m’occupe, je jardine, je fais et je vais au théâtre, je voyage – le Maghreb et l’Afrique noire, mais aussi l’Asie… », raconte-t-il, plein d’enthousiasme.

Michel veille sur la Kafet d’une main de maître, même s’il reconnaît que le travail est assez simple : « les accueillis se sentent ici comme chez eux. Ils se sont appropriés le lieu et les habitués, qui se sentent responsables, le gèrent d’eux-mêmes », précise-t-il. Les accueillis, Michel connaît leur prénom pour la plupart, leur histoire et leur parcours pour quelques-uns. « On n’a hélas pas les moyens de faire un véritable suivi avec eux. Parfois, on ne les voit plus. On s’inquiète pour eux, regrette-t-il, tout en tempérant ses propos : les échanges de pratiques, avec notamment un débrief entre bénévoles, mis en place par le pôle précarité nous permettent d’être mieux armés pour répondre à certaines situations ».

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À l’aise avec tous les publics, Michel ne manque aucune occasion de discussion. Il porte toujours sur lui sa croix. « C’est une forme de témoignage sans avoir besoin de parler, indique-t-il. Et si quelqu’un m’interroge dessus, ça me permet de lancer la conversation ».

Clarisse, bénévole

Se détendre et se remotiver

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C’est par le biais d’un autre site d’accueil de jour que Charles a découvert Autremonde. « À la Kafet, on peut aussi bien boire un café que se connecter sur internet. C’est important pour chercher du travail. Au Pôle emploi, il y a des sites de recherche qui sont bloqués. Ici au moins, on a accès à tout », explique Charles.
Il ne se sépare d’ailleurs pas de son téléphone. Il n’y est pas particulièrement attaché, mais « dans les temps actuels, le téléphone, pour la recherche d’emploi, c’est indispensable », raconte-t-il.

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Pour cet homme, en situation de difficulté professionnelle et sociale, l’accueil de jour d’Autremonde est précieux. Précieux pour se détendre, mais aussi pour se remotiver. Il apprécie l’ambiance, le calme, le cadre, les rencontres… « et en plus, on nous offre des biscuits avec le sourire ! », dit-il, arborant lui-même un large sourire.

S’il est attaché au lieu – il aimerait que celui-ci soit encore plus vaste, surtout les jours de forte fréquentation à la Kafet –, Charles l’est aussi d’Autremonde. « L’association propose beaucoup d’activités. Moi, à part le Café ciné, je ne suis pas très culture. Je ne participe pas aux ateliers, mais je fais les collectes. Ça me semble naturel de récupérer du café pour le boire ensuite ici », conclut-il.

Clarisse, bénévole

« D’abord apprendre le français »

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Wadir a 25 ans. Il est Afghan. Papa d’un petit garçon de trois ans (qui vit aujourd’hui en Afghanistan avec sa mère), il est arrivé à Paris en juillet 2016. Tout de suite, il est mis en lien avec une première association qui le dirige vers Autremonde.

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« Je suis d’abord venu pour apprendre le français », précise-t-il. Depuis son arrivée en France, Wadir a d’ailleurs toujours avec lui un manuel d’apprentissage du français. « Comme je ne travaille pas, je passe le plus de temps possible à lire et à écrire », explique-t-il.

Curieux et ouvert, il s’intéresse aussi très vite aux activités que propose le pôle culturel de l’association. Hip-hop, cirque, cinéma, pour le plaisir des yeux et des oreilles, Fabrique du goût et Disco Soup pour les papilles ; Wadir est un participant assidu. « Je suis content de venir à Autremonde. J’apprends le français, je fais d’autres choses et je rencontre de nouvelles personnes », se réjouit-il.

Clarisse, bénévole

Une soirée au Musée du Louvre

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Vendredi 27 janvier 2017, nous avons débuté notre visite au Louvre par la découverte du Louvre médiéval, la partie la plus ancienne du musée, quand il était encore un château construit pour protéger Paris.

Grâce aux maquettes, nous avons pu comprendre l’évolution du lieu, depuis 1190 jusqu’à aujourd’hui.

Pour certains, c’était leur toute première visite dans un musée et quelle première fois! Le plus grand musée d’art au monde!!!

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Malgré quelques kilomètres dans le musée, d’une entrée à une autre, puis d’une collection à une autre sous des plafonds de plus en plus hauts et majestueux (Louvre médiéval, antiquités romaines et peintures italiennes), nous n’avons pu faire qu’une petite partie du Louvre.

Assez pour voir que la Joconde nous regarde où que nous soyons dans la pièce…

Assez pour avoir envie de revenir explorer d’autres collections…

Assez pour découvrir avec dégoût que les français mangent des grenouilles et des escargots… 😉

Nous sommes restés ensemble tout le long de la visite et avons partagé un magnifique moment, « tous différents mais unis ».

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Un de ces moments que l’on aimerait prolonger… Un de ces « moments-Autremonde »! 😉

Fanny, bénévole

Clémentine, en week-end prolongé

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Du haut de ses 25 ans, Clémentine a déjà un beau parcours. Originaire d’Avignon, elle fait ses études à Lyon. Ses expériences la dirigent vers la culture : Festival d’Avignon, Fête des lumières et Fête de la musique à Lyon… « Au départ, je me voyais davantage dans la culture, dans le mécénat. Et puis, j’ai découvert Autremonde… », raconte-t-elle.

Clémentine avait envie de venir à Paris. Elle cherche du travail et trouve une annonce d’Autremonde. « J’ai profité de l’entretien – un vendredi – pour passer le week-end à Paris. Mais je ne suis pas repartie ! J’ai commencé dès le lundi », poursuit-elle. En septembre dernier, Clémentine endosse ainsi les fonctions de chargée de logistique sur la braderie. Elle est aujourd’hui de retour à Autremonde pour remplacer temporairement Maria, responsable de la vie associative.

« Avant même de venir jusqu’à l’association, on ressent les valeurs et l’importance des missions, notamment au travers de la page Facebook ou du site », explique Clémentine. Un sentiment qui la conforte dans son choix et qui se confirme lors des missions auxquelles elle participe (formation, mais aussi Kamion, Kafet et, bientôt, Fabrique du goût). Toujours dans le mouvement, elle essaie de découvrir le maximum de choses. Et dans sa vie personnelle, c’est pareil ! « Je déteste ne rien faire ! Ça me stresse, s’amuse-t-elle ! J’aime découvrir Paris. J’ai une liste, dans mon téléphone de spectacles, de restaurants ou d’endroits que je voudrais voir ».

clementineAu travail ou dans la vie de tous les jours, Clémentine porte immanquablement une fine chaîne autour du cou. « D’abord, parce qu’elle est super jolie ! Mais aussi, parce que mes frères me l’ont offerte. L’un vit à New York, l’autre est en Avignon. On a peu d’occasions de se voir », confie-t-elle.

Enfin, si d’un coup de baguette magique, elle pouvait obtenir un autre monde, Clémentine ferait disparaître le mépris et l’indifférence. Si elle reconnaît elle-même que son regard a changé depuis qu’elle travaille à Autremonde, ces deux formes de rejet l’exaspèrent totalement.

Clarisse, bénévole

Âmes en peine

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Autremonde. 19h. On attend les participants pour une sortie à la Maison des métallos. En cuisine, l’eau boue – le hall aussi : ce soir, c’est Fabrique du goût. Pas le temps de se réchauffer : entre deux carottes, et trois paroles coupées, tout le monde est là. Direction : rue Jean-Pierre Timbaud. On a presque eu le temps de se sentir inutile face à l’agitation et aux va-et-vient effrénés. Presque.

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Petit cours d’Histoire. Au départ simple manufacture d’instruments de musique, la Maison des métallos se mut en lieu important du syndicalisme en 1937 sous la direction de la CGT. Elle fut le théâtre de nombreux hauts faits politiques : Résistance, lutte contre la guerre d’Algérie, du Vietnam. Ce n’est qu’en 2007 que la Maison des métallos devient le lieu culturel que l’on connaît.

On nous remet notre billet d’entrée. On peut y lire le titre de la pièce : Une Longue Peine. Il est sous-titré : spectacle-documentaire. On nous explique. Cinq personnes – quatre hommes et une femme, racontent leurs expériences en prison ou au parloir. Certains ont passé plus de 30 ans derrière les barreaux. Sur scène, ils sont à la fois acteurs et témoins.

Nous prenons place dans la grande salle, bondée. C’est la première d’une représentation qui durera quatre jours seulement. On nous précise que celle de ce soir sera filmée. Pour ceux qui veulent être sur le dvd, c’est devant ! On préfère l’ombre au fond de la salle, merci. Ljuba est la seule à se mettre au premier rang. « J’entend mal derrière ». Bien sûr.

Les lumières s’éteignent. Ça commence. Un homme avance sur scène, il est seul. Il parle d’une pièce de 6m², d’un lit en acier, d’une lucarne au plafond et des rayons de soleil oranges qui y filtrent quelques heures par jour. Sa voix est posée, presque monotone. Cet homme, c’est Louis. Et cette pièce est tout ce qu’il a connue pendant plus de dix ans.

Tour à tour et dans un décor neutre, vont défiler Louis, Eric, Annette, André et Alain. Chacun, chacune, possède sa propre histoire. Annette parle du parloir où elle est allée rendre visite à son mari pendant des années. Elle parle du regard des autres, des lettres échangées. De sa sexualité aussi. Chez certains, on sent une rage dissimulée, contenue dans un corps privé trop longtemps de liberté. D’autres ont choisi d’intellectualiser leurs actes, leurs parcours. Mais tous sont mus d’un désir de rédemption. L’âme en peine.

Une Longue Peine est un moment fort à vivre. Pas vraiment une pièce, pas non plus totalement un témoignage. On se retrouve à écouter ces histoires, entremêlées les unes aux autres, à la fois gêné, fasciné, ému. Au bout d’1h30, les lumières se rallument, et la vie avec. La salle se lève, et applaudit pendant de longues minutes. Bakary et Mohamed essayent de le cacher, mais ils ont été touchés. Les mots leur manquent mais le regard ne trompe pas. Liliane a un peu dormi, mais a lutté contre son sommeil face à la puissance de la pièce. Difficile de dire quelque chose après ce que nous venons de voir.

Qui dit première, dit buffet. A l’étage, sont disposés sur des tables jus de fruits, vins, et mignardises. On aperçoit les acteurs (témoins ?) discuter avec certains spectateurs. Ils ont l’air à la fois si proches et si loin. Entre deux toasts au saumon, on prend le temps d’échanger. Le minimalisme de la mise en scène a beaucoup plu. Les histoires racontées aussi. Avant de se quitter, on jette un dernier regard au buffet qui nous fait gentiment les yeux doux. On pense à Autremonde, et à sa Fabrique du goût. Cette fois, on se sent presque utile. Presque.

Clément, bénévole